La possibilité des nuits (suite)

Il y avait des nuits où la constellation était purement artificielle. Au lieu d’étoiles, dans le silence du monde nocturne, l’endroit confiné était bombardé de faisceaux lumineux. Dans les angles morts où les ombres dessinaient des silhouettes féminines, la nuit ouvrait des champs de désirs. Matthias aimait ces nuits en boîtes de nuit où le temps s’arrêtait. Les musiques ajoutaient au rêve les possibilités d’amours.

Les fêtes nocturnes se succédaient. Dans ce jeu organisé, tout était prévisible, rien n’était inconnu et mystérieux. Ce théâtre d’ombres où l’apparence primait faisait planer des mondes et aventures toujours inattendus, avec des possibles mais rien n’arrivait. L’aventure n’était celle que d’une complicité entre amis mais surtout la découverte d’une culture au travers des musiques diffusées au style post punk… Les révélations des groupes tels que U2, Indochine, Joy Division, La Mano Negra, Nuclear Device, New Order, The Cure prenaient plus d’importance que la recherche d’une « touche ».

Au cœur de la nuit, l’alcool, les cigarettes et quelques substances interdites rendaient Matthias et ses amis un peu comme les rois du monde, ce monde caché du soleil où tout avait des couleurs et saveurs différentes. Là était le lieu des « lâchers prises », dans la folie de la musique, de la danse, des rituels de séduction, des éclats de rire, des montées drôlatiques et des descentes flippantes, des entrées et sorties tout aussi peu nettes. Les années 80, une période que Matthias n’était pas prêt d’oublier…

La possibilité des nuits (suite)

Je me souviens d’une nuit d’été où passaient les étoiles filantes. Sur, une route déserte, dans le haut-var, nous étions quelques amis à revenir à pied d’un bal à quelques kilomètres de là. Le ciel, noir, était très étoilé et aucune pollution lumineuse ne venait gâcher le spectacle.

C’était le moment ou jamais de faire des vœux, puisque les météorites entrant dans l’atmosphère se manifestaient constamment par leur traînées lumineuses et, selon la coutume, c’était l’occasion de penser très fort dans sa tête (sans le révéler à quiconque) ce que l’on désirait le plus au monde, pour soi, pour les autres, pour le Monde. Vu le nombre de possibilités données par la quantité d’étoiles filantes (une toutes les 2, 3 minutes – et souvent plusieurs à la fois), donc autant d’occasions de faire de sa vie un rêve éveillé où tous nos désirs seraient comblés, pouvait-on vraiment cumuler les vœux ?

Je me souviens m’avoir posé cette question un peu idiote, puis d’avoir hiérarchisé mes choix, en finissant en première position par « obtenir le baccalauréat » ! Pas de rêve là-dedans, pas de chose à la hauteur de ce spectacle pourtant grandiose, fantasmagorique, mystérieux… Où l’Homme s’interroge sur sa place sur la terre et dans l’Univers et qui le place dans des questionnements métaphysiques. Y avait-il d’autres vœux qui auraient pu s’avérer plus utiles ? C’est possible…

Dans ce moment, la Nuit donc le spectacle de la Nature apportait des tas de possibilités. Elle nous les apportait sur un grand plateau d’argent. Des possibles bien trop grands pour nous, jeunes adolescents, et finalement trop grands aussi pour tous les hommes, ne sachant que faire avec ce cosmos magnifique et infini que les scientifiques explorent toujours…

(19/06/2019)

La possibilité des nuits (suite)

De ces quelques nuits, j’en avais retenu plus peut-être que les jours. « La nuit, tous les chats sont gris… » disait mon grand-père. Mes jours étaient toujours traversés par des existences partielles, jamais abouties, sujets aux contradictions, revirements constants, aux périodes successives et rapprochées d’euphorie et d’abattement, au doute bien sûr.

Perdu le jour, je retrouvais des chemins connus la nuit. Ceux qui nous donnent à voir, nos propres sentiments et émotions dans une introspection sereine et infinie, les auteurs et les interprètes aussi. Les faiseurs d’Art nous rendent moins seuls et nous sommes avec eux, dans un entre soi gourmand, loin du tumulte aveuglant de la marche du monde en perdition.

Pouvoir mourir en une nuit à défaut de partir, « mourir pour une nuit » comme chante Maxime Le Forestier. « Mourir comme on s’endort, faire la nique à la Mort… ». Puis, « renaître et vivre… » conclue t-il dans cette excellente chanson. Tout ce que la nuit vous apporte nourrit vos propres désirs… « Ecrire, c’est tuer le désir d’écrire » disait Roland Barthes. Et ce désir que l’on tue devient charogne immortelle.

La possibilité des nuits (suite chap. 1)

Les nuits ne sont pas égales. Comme les jours. Comme les moments d’une journée. Comme les années, les décennies, les siècles. Il y a des moments le soir où l’on attend tellement le lendemain qu’on se couche sans broncher, heureux de ce temps passé de la journée ou tellement épuisé qu’on n’attend que de s’allonger au cœur du silence ; où l’on espère tellement du lendemain, de l’importance qu’il revêt que, tel un sportif de haut niveau, l’on repose son corps et son esprit pour qu’au réveil un être neuf se dresse dans la clarté naissante du matin. Là aussi, j’aime me lever dans le silence, captant le moindre bruit. Celui des oiseaux, les premiers à se manifester comme un chant primitif. Tout doit être bruit premier, celui du vent dans les arbres, des gouttes de pluie tapotant sur les fenêtres, de chiens aboyant au loin…

Les nuits ne sont pas les mêmes. On le sait, le sommeil est réparateur ; Morphée vous berce en réclamant de vous les meilleures et moins bonnes choses de votre journée passée et établit un bilan. De rêves ardents aux cauchemars les plus effrayants ou grotesques, il renforce votre puissance d’exister et vous prépare aux jours futurs.

Au contraire des jours, les nuits sont linéaires (même si le sommeil passe par des stades différents) et vous êtes seuls avec vous-même, le silence et le monde. Là, tout est possible. Il n’y a plus de regards que le vôtre sur votre être. Là, du néant peut naître de nouveaux existants qui ne recevront de jugements que celui de votre folie et de votre conscience.

J’aime la nuit, sans être insomniaque, car elle met un peu tout le monde au même niveau. Elle affranchit les différences, repousse les contraintes et accorde des libertés sans limites.

… à suivre…

(8/06/2019)

La vie recommencée

Chapitre 1 : la possibilité des nuits

J’essayais de faire le moins de bruit. Chaque geste était savamment réfléchi et préparé pour créer du silence dans le silence. Je prenais plaisir à cette attitude ou rien n’était brusqué mais tout contrôlé. Tel un chat, ma pesanteur était légère et gracieuse.

Il n’y avait alors pas de différence entre le stade immobile, le mouvement du lever, le dépôt du verre sur la table, puis de nouveau le silence. Dans ce « jeu », je voulais m’extraire de toute vie, m’oublier corps et âme. Me fondre dans l’air et l’espace. Je flottais parmi les molécules et atomes, moi-même en étant constitué.

Aucune raison ne m’obligeait à agir de la sorte, ici, chez moi, où mes bruits n’auraient gêné personne. Il est vrai qu’on était en pleine nuit et que mon voisin du dessus s’était déjà plaint. il est vrai aussi que ce vieil immeuble, mal isolé, faisait traverser d’appartement en appartement toutes sortes de résonances, mal identifiables, à part les bruits de pas du dessus, les portes qui claquent ou les lave-linges en fonctionnement.

… à suivre…

(7/06/2019)

Génèse des vies recommencées

Ce matin, après une nuit encore tourmentée, je me décide à écrire une histoire. Après avoir pris un bain, un déclic venant de je ne sais où me décide de la chose. Tout après je m’attable à mon bureau. Je dis « histoire » car c’est comme ça que je l’imagine. Je n’ose pas parler de roman, c’est bien normal.

Il se trouve que le bain après une nuit d’insomnie, au contraire de ramollir le corps et l’esprit, a cette tendance à vous faire réfléchir et même à décider de choses importantes. la nuit sans dormir y est sans doute pour quelque chose.

Dès lors que dans mon esprit il était clair que j’étais arrivé à un « point de rupture », que je n’avancerais plus sans prendre cette décision, il m’est venu tout un tas d’éléments que tout écrivain se pose avant d’écrire.

Le narrateur prendra t-il le « je » tel l’exercice autobiographique ou sera t-il le pronom « il » qui détacherait l’auteur de son histoire ?

Et s’il met en scène « le héros », comment s’appellera t-il ?

Comment, où et à quelles heures de la journée vais-je réaliser cet écrit ? Quel en sera le titre ? Comment construire ce roman ?

Ça peut sembler bizarre , mais à toutes ces questions que je me suis posées, j’avais immédiatement les réponses.

Ce petit texte n’est pas le début du livre que j’envisage d’écrire même s’il aurait pu l’être.

C’est une sorte de préface où plutôt une « mise en jambes ». Oui, une sorte d’entraînement avant les chose sérieuses.

Ce roman, ce récit, je vais le partager sur mon blog. Et cet écrit ne sera pas imaginaire. Il s’inscrit dans la vie, MA vie. Car je ne peux parler que de ce que je connais et ma vie est un roman qu’il est utile et plaisant de conter.

(6/06/2019)

Envie d’ailleurs

Nuages immaculés au-dessus des étroites rues,

Brises fraîches et légères qui les accompagnent,

Bleu profond du ciel et or étincelant du soleil

Je marche en m’engouffrant dans ce décor.

 

Et une douce chaleur envahit ma peau ;

Respirant profondément cet instant,

Humant les sons, les couleurs et les odeurs du quartier qui s’éveille,

Noyant dans mes sens tout ce qui m’apparaît.

 

J’imagine dans une autre ville,

Au même instant un décor différent ;

Des hommes, des voitures, des immeubles aussi

Mais une chaleur plus étouffante, écrasante.

 

Un sol mélange d’ocre, de pierres et de briques fendues

Où les peaux déjà sombres se protègent des rayons solaires.

Des marchés colorés bruyants

Et toi devant me souriant.

 

(18/04/2019)

Brouillage et droiture

Il ne faut pas prendre tout ce que les gens disent ou écrivent « au pied de la lettre ». Nous avons bien le droit de nous tromper quelquefois mais surtout ce qui est lu ou entendu peut-être mal ou différemment interprété. Par exemple, sur ma poésie « La Nature est tout », il ne faut pas penser que je n’ai pas peur de la Mort. Je rappelle que ce blog n’est pas un manifeste philosophique ou politique, mais bien un terrain d’exercice de création qui est plus lié à l’Art qu’à un site de parti pris ou de nature autobiographique. Tout le monde a le droit de s’exprimer à sa manière, dans un style particulier et dans des opinions personnelles dans cette liberté d’expression à laquelle nous tenons.

Ne donnons pas trop d’importance aux mots mais privilégions les actes. Surtout aujourd’hui avec cette société à la « Orwell » qui fait que Big brother est partout !

Les nouvelles technologies ont une puissance inégalée de travestissement de la réalité ou de la vérité. Non seulement tout ce que nous tapons sur nos ordinateurs et smartphones  laissent des traces indélébiles sur nos disques durs mais sont aussi captés par des serveurs extérieurs (Cloud, Dropbox,…) sur lesquels nous n’avons aucune prise (bien qu’on nous explique le contraire). Ce que nous écrivons, disons nous définissent une fois pour toute, sans que nous ayons la possibilité de le garder pour nous ou le destiner à des récepteurs que nous avons consciencieusement choisis.

Cette société va trop vite. Elle a été remplacée par un autre langage qui brouille singulièrement le message dans sa forme originelle. Tout message aujourd’hui, surtout ceux qui sont en première ligne (les communicants en général, politiques, journalistes, publicitaires), n’a plus de valeur. Le message qui « passe bien » et se « répand », c’est celui des groupes violents (très pauvres en discours mais très médiatiques et même photogéniques) ou des gilets jaunes (message brouillon car fourre-tout, en même temps que radical ou simpliste). Justement, cette perte de valeur dans le message a créé cette crise : c’est un cercle vicieux et non vertueux.

Dans « Les pensées pour moi-même » de Marc Aurèle (IIème siècle après Jésus Christ), l’empereur – philosophe se parle à lui-même pour adopter la meilleure attitude en société (bien qu’il ait été à cette époque ce qu’on pourrait appeler un dictateur aujourd’hui, traitant les femmes et les esclaves selon les us et coutumes barbares de l’Empire romain). Il s’invoque de répondre aux questions de ses semblables sans que ses affects (colère, peur, jalousie, cupidité, désir sexuel, tristesse, dépression) ne transparaissent. Il se donne comme principe d’adopter la pratique de la droiture, une sorte de message spirituel avant l’heure, sans se référer à un Dieu ni à toute autre croyance ou dogme (ni même au stoïcisme auquel on le réfère) ; une éthique selon laquelle tout homme fait ou dit ce pour quoi il a été envoyé dans l’Univers où tout est ordonné (la « Nature universelle »).

Extraits des « Pensées pour moi-même de Marc Aurèle (Livre 3 Pensée 4)

« Il faut s’habituer à ne penser que des choses que telles que si l’on te demandait : que penses-tu maintenant ? tu puisses répondre sur le champ ceci et cela avec franchise. De sorte qu’il sera évident à partir de tes réponses que tout en toi est simple, bienveillant, pensé par un vivant sociable qui ne se soucie pas des plaisirs ni, en un mot, de toutes les images érotiques, ni de la gloire, ni de la calomnie, ni des soupçons, ni de tout ce qui te ferait rougir si tu devais dire que c’est à cela que tu penses ».

(Livre 4 Pensée 9)

« Ne sois pas dégoûté de toi, ne renonce pas, ne t’énerve pas si tu ne fais pas toujours chaque chose à partir des décisions droites. Au contraire, quand tu es par terre, relève-toi, et reviens. Et réjouis-toi si, dans l’ensemble, des actions sont plus dignes de celle d’un homme. Aime ce vers quoi tu retournes et ne reviens pas à la philosophie comme vers une maîtresse d’école mais comme ceux qui souffrent des yeux, demandent une éponge et un oeuf et d’autres un cataplasme ou une compresse. Souviens-toi aussi que la philosophie est celle à vouloir ce que veut ta nature et toi tu voulais autre chose qui n’est pas selon la nature. Ainsi, loin de faire étalage de ton obéissance au logos, tu trouveras en lui le repos. Mais qu’y a t-il de plus séduisant que ces choses ? N’est-ce pas par là que le plaisir nous fait tomber ? Oui, mais regarde si la grandeur d’âme, la liberté, la simplicité, la clémence, la piété ne sont pas plus séduisantes. »

Pour en revenir au début de mon propos, il est important d’être tolérant avec ceux qui se trompent et ne pas mettre dans une case ferme et définitive un discours qui aura déplu ou s’oppose à ses convictions. Mais, en même temps, il est important de bien peser ce que nous allons dire ou écrire. Dans l’exemple des Pensées de Marc Aurèle, le philosophe définit cette droiture, non pas basée sur le spirituel mais orientée vers l’extérieur, la vie sociale, à l’écoute du réel et soucieux de transparence. Un langage de vérité, de sincérité, relié à l’ordre naturel qui transparaît dans le discours. Je ne voudrais pas faire de raccourcis faciles ou anachroniques avec l’Empereur Marc Aurèle et le Président de la République, mais je pense que le second pourrait s’inspirer du premier.

Mais comme on l’a vu, le langage et les discours d’aujourd’hui n’ont plus la portée de ceux des philosophes de l’Antiquité.

(09/04/2019)

Texte inspiré de la très bonne émission de France Culture « Les chemins de la philosophie » d’Adèle Van Reeth (28 mars 2019).

Emission « Les chemins de la philosophie »

A lire le livre de l’invité de l’émission Pierre Vesperini qui a publié « Droiture et Mélancolie » Sur les écrits de Marc Aurèle. Editions Verdier. mars 2016. 192 p.

La Nature est tout

La Nature est tout

Elle m’aide à être

Si je meurs

Je meurs

 

Je connais la Mort

Comme la Vie

J’en fais partie

Les deux sont Un

 

Je veux aimer

Pourtant tout le temps

C’est le plus important

Aimer à mourir

 

Car jamais l’amour trépasse

Il traverse l’infini

Mille étoiles le subliment

A travers le Cosmos

 

Cette pensée m’apaise

Et m’aide à réaliser

Que je suis rien et tout à la fois

Pour ne pas avoir peur

 

Jamais je ne changerai

Cet état est en moi

Si je dois mourir

Je mourrai et puis voilà

 

(6/03/2019)

 

 

 

 

 

Renaître

J’étais heureux avant toi aussi

J’avais mille projets rien qu’ici

Optimiste et confiant je restais, amoureux j’étais

Pour cela je n’aurais pas pris d’autres biais

 

Les enfants je les voyais et me rassuraient

Heureux aussi dans le tourbillon de la vie

Entourés des leurs, jamais insatisfaits

Portant leur jeunesse vers des chemins inconnus et joyeux

 

Pas de nuages dans cet équilibre parfait

Le soleil toujours après la pluie

Un printemps, un été puis l’automne

Un hiver glacial où tout se fige pour renaître à nouveau

 

(12/02/2019)

La fille abandonnée

 

Le bar abandonné lache ses derniers clients

Seule une ombre est encore assise à l’intérieur

Au-dessus flottent des volutes bleues

Julia c’est son nom boit une dernière bière

 

En s’approchant l’on devine un corps bien regroupé

Pressée de l’arranger sur de mille détails

la cigarette nerveusement consumée

La demoiselle remue et s’agite

 

En regardant d’un moment à l’autre

Et suivant un ordre mécanique

Ses chaussures, son smartphone

L’écran accroché au mur

 

Il n’y aura plus de bière servie, ni de télé allumée et bruyante

Ni d’appels, ni même de sms ou de notifications

Elle se lèvera et partira seule toute habillée de noir

 

(13/12/2016)

Poésie est magique !

Y a t-il un secret pour écrire une bonne poésie ? Non, pas de secret, pas de recette miracle, pas de magie… Il y a magie, oui, à l’arrivée, quand l' »œuvre » livrée résonne dans les oreilles de son auteur puis de chacun, parle à un imaginaire, un rêve dont nous tous avons fait l’expérience mais qui ne s’est pas cristallisé dans des mots et une musique particulière et sensible. Cette émotion, nous la ressentons tous, pour ceux qui en apprécient le rythme, les sonorités, le thème ou le message.

Lorsque j’ai commencé à écrire des poèmes, j’ai parlé de « fulgurance » à une amie. J’avais écrit trois poèmes de suite sans trop réfléchir à ce que j’allais y mettre. De l’improvisation totale pour satisfaire un besoin quasi vital. Ou une motivation telle de savoir que je pouvais le faire que je m’y suis mis corps et âme. Comme quelqu’un qui reprend une activité dont il a été privé longtemps et qui met tellement de cœur à l’ouvrage, de concentration, d’application, qu’il est lui-même surpris du résultat… (Je rappelle que je n’ai aucune prétention dans ce que j’écris mais que je suis satisfait de ce que je crée, c’est déjà un début !).

Ces premiers poèmes, je ne les ai pratiquement pas modifiés. Ce besoin d’écrire intervenait aussi dans un moment difficile de ma vie où tout se bousculait, autant sur le plan psychologique, sentimental que professionnel. Il fallait absolument que j’exprime mes états d’âme, mes douleurs et sentiments qui, eux aussi, s’entrechoquaient. Puis cette sorte de magie a opéré mais dans des conditions particulières : en pleine nuit, alors que le sommeil ne venait pas, les mots, les phrases, voire les rimes sont arrivés un peu d’eux-mêmes par la pointe de mon plume. Comme si ces mots et ces phrases existaient déjà en moi. J’exprimais alors tous ces sentiments heureux ou malheureux que je ressentais en y apportant une forme, un style qui n’était pas du tout recherché. Tout se construisait comme les pièces d’un puzzle qui était éparpillé. Mais je faisais bien attention à ne rien dévoilé de personnel ou intime. Ce que j’écrivais, tout le monde l’aurait aussi écrit. C’était de l’ordre de l’universel, de l’humain : où l’on retrouve toujours les mêmes thèmes : l’amour, le manque, la jalousie, la joie, la douleur, l’humour, etc…

Etant maintenant beaucoup plus stabilisé, l’inspiration poétique me vient moins naturellement. Et c’est justement par une recherche « précise » que j’envisage une nouvelle création. Je me donne d’abord un thème (avant c’était une sorte de « figure imposée ») puis je puise dans tout ce que l’esprit, la raison, l’imagination, les sentiments, la mémoire me donnent comme « matière première ». Il y a énormément de sources d’inspiration dans notre vie et nous ne le savons pas. Pour ma part, cette inspiration me vient des auteurs, des artistes en général, de la Nature et des gens que je rencontre.

(01/05/2018)

La vie recommencée (suite)

Chapitre 2 : une vie à reconstituer

Il avait peut-être attendu que son divorce soit prononcé pour que Matthias prenne sa décision. Inconsciemment, sans doute, car rien n’était prémédité. Ou bien il était prêt à présent. Dans son corps, dans sa tête, dans tout son être. Pourquoi avait-il tant attendu avant de se décider à vouloir recoller les morceaux ? Parce qu’il en ressentait le besoin seulement maintenant, libéré de toute attache.

Avant que cette séparation officielle n’intervienne, il ne pensait pas replonger dans son passé. C’était peut-être prendre le risque de recommencer une vie sans que la précédente ait été soldée, si par un hasard improbable, les nombreuses pressions que l’entourage pratiquait dans l’ombre depuis la séparation, même si cela s’estompait maintenant, pas assez vite selon Matthias, ne rendaient pas un rabibochage possible. Maintenant qu’une étape de sa vie était achevée, le quinquagénaire devait en rebâtir une autre. Une autre étape, avec cette possibilité d’être le seul capitaine de son navire.

Ce mariage, Matthias ne le reniait pas car, comme l’avait dit le prêtre lors du sacrement, « une nouvelle vie s’ouvre devant vous… ». Il le pensait aussi. Mais pour le jeune marié, ce nouveau départ avait une bien autre signification ; il n’était pas lié à une promesse et un engagement. C’était bien une renaissance. Après des années de brouillard, Matthias voyait enfin le soleil. Julie lui avait lancé une bouée de sauvetage aux couleurs de l’amour, après une profonde dépression dont beaucoup ne pensait pas qu’il en réchappe.

La page tournée, il voulait récupérer ce passé qu’il avait voulu oublier. Pour ne penser qu’à l’avenir, aux projets.

Mais maintenant il voulais SAVOIR et COMPRENDRE.

(21/06/2019)