Envie d’ailleurs

Nuages immaculés au-dessus des étroites rues,

Brises fraîches et légères qui les accompagnent,

Bleu profond du ciel et or étincelant du soleil

Je marche en m’engouffrant dans ce décor.

 

Et une douce chaleur envahit ma peau ;

Respirant profondément cet instant,

Humant les sons, les couleurs et les odeurs du quartier qui s’éveille,

Noyant dans mes sens tout ce qui m’apparaît.

 

J’imagine dans une autre ville,

Au même instant un décor différent ;

Des hommes, des voitures, des immeubles aussi

Mais une chaleur plus étouffante, écrasante.

 

Un sol mélange d’ocre, de pierres et de briques fendues

Où les peaux déjà sombres se protègent des rayons solaires.

Des marchés colorés bruyants

Et toi devant me souriant.

 

(18/04/2019)

Brouillage et droiture

Il ne faut pas prendre tout ce que les gens disent ou écrivent « au pied de la lettre ». Nous avons bien le droit de nous tromper quelquefois mais surtout ce qui est lu ou entendu peut-être mal ou différemment interprété. Par exemple, sur ma poésie « La Nature est tout », il ne faut pas penser que je n’ai pas peur de la Mort. Je rappelle que ce blog n’est pas un manifeste philosophique ou politique, mais bien un terrain d’exercice de création qui est plus lié à l’Art qu’à un site de parti pris ou de nature autobiographique. Tout le monde a le droit de s’exprimer à sa manière, dans un style particulier et dans des opinions personnelles dans cette liberté d’expression à laquelle nous tenons.

Ne donnons pas trop d’importance aux mots mais privilégions les actes. Surtout aujourd’hui avec cette société à la « Orwell » qui fait que Big brother est partout !

Les nouvelles technologies ont une puissance inégalée de travestissement de la réalité ou de la vérité. Non seulement tout ce que nous tapons sur nos ordinateurs et smartphones  laissent des traces indélébiles sur nos disques durs mais sont aussi captés par des serveurs extérieurs (Cloud, Dropbox,…) sur lesquels nous n’avons aucune prise (bien qu’on nous explique le contraire). Ce que nous écrivons, disons nous définissent une fois pour toute, sans que nous ayons la possibilité de le garder pour nous ou le destiner à des récepteurs que nous avons consciencieusement choisis.

Cette société va trop vite. Elle a été remplacée par un autre langage qui brouille singulièrement le message dans sa forme originelle. Tout message aujourd’hui, surtout ceux qui sont en première ligne (les communicants en général, politiques, journalistes, publicitaires), n’a plus de valeur. Le message qui « passe bien » et se « répand », c’est celui des groupes violents (très pauvres en discours mais très médiatiques et même photogéniques) ou des gilets jaunes (message brouillon car fourre-tout, en même temps que radical ou simpliste). Justement, cette perte de valeur dans le message a créé cette crise : c’est un cercle vicieux et non vertueux.

Dans « Les pensées pour moi-même » de Marc Aurèle (IIème siècle après Jésus Christ), l’empereur – philosophe se parle à lui-même pour adopter la meilleure attitude en société (bien qu’il ait été à cette époque ce qu’on pourrait appeler un dictateur aujourd’hui, traitant les femmes et les esclaves selon les us et coutumes barbares de l’Empire romain). Il s’invoque de répondre aux questions de ses semblables sans que ses affects (colère, peur, jalousie, cupidité, désir sexuel, tristesse, dépression) ne transparaissent. Il se donne comme principe d’adopter la pratique de la droiture, une sorte de message spirituel avant l’heure, sans se référer à un Dieu ni à toute autre croyance ou dogme (ni même au stoïcisme auquel on le réfère) ; une éthique selon laquelle tout homme fait ou dit ce pour quoi il a été envoyé dans l’Univers où tout est ordonné (la « Nature universelle »).

Extraits des « Pensées pour moi-même de Marc Aurèle (Livre 3 Pensée 4)

« Il faut s’habituer à ne penser que des choses que telles que si l’on te demandait : que penses-tu maintenant ? tu puisses répondre sur le champ ceci et cela avec franchise. De sorte qu’il sera évident à partir de tes réponses que tout en toi est simple, bienveillant, pensé par un vivant sociable qui ne se soucie pas des plaisirs ni, en un mot, de toutes les images érotiques, ni de la gloire, ni de la calomnie, ni des soupçons, ni de tout ce qui te ferait rougir si tu devais dire que c’est à cela que tu penses ».

(Livre 4 Pensée 9)

« Ne sois pas dégoûté de toi, ne renonce pas, ne t’énerve pas si tu ne fais pas toujours chaque chose à partir des décisions droites. Au contraire, quand tu es par terre, relève-toi, et reviens. Et réjouis-toi si, dans l’ensemble, des actions sont plus dignes de celle d’un homme. Aime ce vers quoi tu retournes et ne reviens pas à la philosophie comme vers une maîtresse d’école mais comme ceux qui souffrent des yeux, demandent une éponge et un oeuf et d’autres un cataplasme ou une compresse. Souviens-toi aussi que la philosophie est celle à vouloir ce que veut ta nature et toi tu voulais autre chose qui n’est pas selon la nature. Ainsi, loin de faire étalage de ton obéissance au logos, tu trouveras en lui le repos. Mais qu’y a t-il de plus séduisant que ces choses ? N’est-ce pas par là que le plaisir nous fait tomber ? Oui, mais regarde si la grandeur d’âme, la liberté, la simplicité, la clémence, la piété ne sont pas plus séduisantes. »

Pour en revenir au début de mon propos, il est important d’être tolérant avec ceux qui se trompent et ne pas mettre dans une case ferme et définitive un discours qui aura déplu ou s’oppose à ses convictions. Mais, en même temps, il est important de bien peser ce que nous allons dire ou écrire. Dans l’exemple des Pensées de Marc Aurèle, le philosophe définit cette droiture, non pas basée sur le spirituel mais orientée vers l’extérieur, la vie sociale, à l’écoute du réel et soucieux de transparence. Un langage de vérité, de sincérité, relié à l’ordre naturel qui transparaît dans le discours. Je ne voudrais pas faire de raccourcis faciles ou anachroniques avec l’Empereur Marc Aurèle et le Président de la République, mais je pense que le second pourrait s’inspirer du premier.

Mais comme on l’a vu, le langage et les discours d’aujourd’hui n’ont plus la portée de ceux des philosophes de l’Antiquité.

(09/04/2019)

Texte inspiré de la très bonne émission de France Culture « Les chemins de la philosophie » d’Adèle Van Reeth (28 mars 2019).

Emission « Les chemins de la philosophie »

A lire le livre de l’invité de l’émission Pierre Vesperini qui a publié « Droiture et Mélancolie » Sur les écrits de Marc Aurèle. Editions Verdier. mars 2016. 192 p.

La Nature est tout

La Nature est tout

Elle m’aide à être

Si je meurs

Je meurs

 

Je connais la Mort

Comme la Vie

J’en fais partie

Les deux sont Un

 

Je veux aimer

Pourtant tout le temps

C’est le plus important

Aimer à mourir

 

Car jamais l’amour trépasse

Il traverse l’infini

Mille étoiles le subliment

A travers le Cosmos

 

Cette pensée m’apaise

Et m’aide à réaliser

Que je suis rien et tout à la fois

Pour ne pas avoir peur

 

Jamais je ne changerai

Cet état est en moi

Si je dois mourir

Je mourrai et puis voilà

 

(6/03/2019)

 

 

 

 

 

Renaître

J’étais heureux avant toi aussi

J’avais mille projets rien qu’ici

Optimiste et confiant je restais, amoureux j’étais

Pour cela je n’aurais pas pris d’autres biais

 

Les enfants je les voyais et me rassuraient

Heureux aussi dans le tourbillon de la vie

Entourés des leurs, jamais insatisfaits

Portant leur jeunesse vers des chemins inconnus et joyeux

 

Pas de nuages dans cet équilibre parfait

Le soleil toujours après la pluie

Un printemps, un été puis l’automne

Un hiver glacial où tout se fige pour renaître à nouveau

 

(12/02/2019)

La fille abandonnée

 

Le bar abandonné lache ses derniers clients

Seule une ombre est encore assise à l’intérieur

Au-dessus flottent des volutes bleues

Julia c’est son nom boit une dernière bière

 

En s’approchant l’on devine un corps bien regroupé

Pressée de l’arranger sur de mille détails

la cigarette nerveusement consumée

La demoiselle remue et s’agite

 

En regardant d’un moment à l’autre

Et suivant un ordre mécanique

Ses chaussures, son smartphone

L’écran accroché au mur

 

Il n’y aura plus de bière servie, ni de télé allumée et bruyante

Ni d’appels, ni même de sms ou de notifications

Elle se lèvera et partira seule toute habillée de noir

 

(13/12/2016)