La vie recommencée

Chapitre 1 : la possibilité des nuits

J’essayais de faire le moins de bruit. Chaque geste était savamment réfléchi et préparé pour créer du silence dans le silence. Je prenais plaisir à cette attitude ou rien n’était brusqué mais tout contrôlé. Tel un chat, ma pesanteur était légère et gracieuse.

Il n’y avait alors pas de différence entre le stade immobile, le mouvement du lever, le dépôt du verre sur la table, puis de nouveau le silence. Dans ce « jeu », je voulais m’extraire de toute vie, m’oublier corps et âme. Me fondre dans l’air et l’espace. Je flottais parmi les molécules et atomes, moi-même en étant constitué.

Aucune raison ne m’obligeait à agir de la sorte, ici, chez moi, où mes bruits n’auraient gêné personne. Il est vrai qu’on était en pleine nuit et que mon voisin du dessus s’était déjà plaint. il est vrai aussi que ce vieil immeuble, mal isolé, faisait traverser d’appartement en appartement toutes sortes de résonances, mal identifiables, à part les bruits de pas du dessus, les portes qui claquent ou les lave-linges en fonctionnement.

… à suivre…

(7/06/2019)

Génèse des vies recommencées

Ce matin, après une nuit encore tourmentée, je me décide à écrire une histoire. Après avoir pris un bain, un déclic venant de je ne sais où me décide de la chose. Tout après je m’attable à mon bureau. Je dis « histoire » car c’est comme ça que je l’imagine. Je n’ose pas parler de roman, c’est bien normal.

Il se trouve que le bain après une nuit d’insomnie, au contraire de ramollir le corps et l’esprit, a cette tendance à vous faire réfléchir et même à décider de choses importantes. la nuit sans dormir y est sans doute pour quelque chose.

Dès lors que dans mon esprit il était clair que j’étais arrivé à un « point de rupture », que je n’avancerais plus sans prendre cette décision, il m’est venu tout un tas d’éléments que tout écrivain se pose avant d’écrire.

Le narrateur prendra t-il le « je » tel l’exercice autobiographique ou sera t-il le pronom « il » qui détacherait l’auteur de son histoire ?

Et s’il met en scène « le héros », comment s’appellera t-il ?

Comment, où et à quelles heures de la journée vais-je réaliser cet écrit ? Quel en sera le titre ? Comment construire ce roman ?

Ça peut sembler bizarre , mais à toutes ces questions que je me suis posées, j’avais immédiatement les réponses.

Ce petit texte n’est pas le début du livre que j’envisage d’écrire même s’il aurait pu l’être.

C’est une sorte de préface où plutôt une « mise en jambes ». Oui, une sorte d’entraînement avant les chose sérieuses.

Ce roman, ce récit, je vais le partager sur mon blog. Et cet écrit ne sera pas imaginaire. Il s’inscrit dans la vie, MA vie. Car je ne peux parler que de ce que je connais et ma vie est un roman qu’il est utile et plaisant de conter.

(6/06/2019)

Gros bébé

Vous et vos bébés vous me faites envie

M’imaginer être choyé ainsi

Dans vos bras me remplit de joie

Bien lové entre vos seins et vos bras

Gros chérubin me dites-vous

Du quintal moins vingt d’une hauteur égale

Cette place que je cherche dans l’Idéal

N’est pas celle qui me rapproche de vous

Vous occupées toutes entières à votre affaire

Ne cherchez que la sérénité du foyer

N’avez QUE faire de votre moitié

Et le poète qui rêve vous ne savez QUOI en faire !

(01/06/2019)

Envie d’ailleurs

Nuages immaculés au-dessus des étroites rues,

Brises fraîches et légères qui les accompagnent,

Bleu profond du ciel et or étincelant du soleil

Je marche en m’engouffrant dans ce décor.

 

Et une douce chaleur envahit ma peau ;

Respirant profondément cet instant,

Humant les sons, les couleurs et les odeurs du quartier qui s’éveille,

Noyant dans mes sens tout ce qui m’apparaît.

 

J’imagine dans une autre ville,

Au même instant un décor différent ;

Des hommes, des voitures, des immeubles aussi

Mais une chaleur plus étouffante, écrasante.

 

Un sol mélange d’ocre, de pierres et de briques fendues

Où les peaux déjà sombres se protègent des rayons solaires.

Des marchés colorés bruyants

Et toi devant me souriant.

 

(18/04/2019)

Brouillage et droiture

Il ne faut pas prendre tout ce que les gens disent ou écrivent « au pied de la lettre ». Nous avons bien le droit de nous tromper quelquefois mais surtout ce qui est lu ou entendu peut-être mal ou différemment interprété. Par exemple, sur ma poésie « La Nature est tout », il ne faut pas penser que je n’ai pas peur de la Mort. Je rappelle que ce blog n’est pas un manifeste philosophique ou politique, mais bien un terrain d’exercice de création qui est plus lié à l’Art qu’à un site de parti pris ou de nature autobiographique. Tout le monde a le droit de s’exprimer à sa manière, dans un style particulier et dans des opinions personnelles dans cette liberté d’expression à laquelle nous tenons.

Ne donnons pas trop d’importance aux mots mais privilégions les actes. Surtout aujourd’hui avec cette société à la « Orwell » qui fait que Big brother est partout !

Les nouvelles technologies ont une puissance inégalée de travestissement de la réalité ou de la vérité. Non seulement tout ce que nous tapons sur nos ordinateurs et smartphones  laissent des traces indélébiles sur nos disques durs mais sont aussi captés par des serveurs extérieurs (Cloud, Dropbox,…) sur lesquels nous n’avons aucune prise (bien qu’on nous explique le contraire). Ce que nous écrivons, disons nous définissent une fois pour toute, sans que nous ayons la possibilité de le garder pour nous ou le destiner à des récepteurs que nous avons consciencieusement choisis.

Cette société va trop vite. Elle a été remplacée par un autre langage qui brouille singulièrement le message dans sa forme originelle. Tout message aujourd’hui, surtout ceux qui sont en première ligne (les communicants en général, politiques, journalistes, publicitaires), n’a plus de valeur. Le message qui « passe bien » et se « répand », c’est celui des groupes violents (très pauvres en discours mais très médiatiques et même photogéniques) ou des gilets jaunes (message brouillon car fourre-tout, en même temps que radical ou simpliste). Justement, cette perte de valeur dans le message a créé cette crise : c’est un cercle vicieux et non vertueux.

Dans « Les pensées pour moi-même » de Marc Aurèle (IIème siècle après Jésus Christ), l’empereur – philosophe se parle à lui-même pour adopter la meilleure attitude en société (bien qu’il ait été à cette époque ce qu’on pourrait appeler un dictateur aujourd’hui, traitant les femmes et les esclaves selon les us et coutumes barbares de l’Empire romain). Il s’invoque de répondre aux questions de ses semblables sans que ses affects (colère, peur, jalousie, cupidité, désir sexuel, tristesse, dépression) ne transparaissent. Il se donne comme principe d’adopter la pratique de la droiture, une sorte de message spirituel avant l’heure, sans se référer à un Dieu ni à toute autre croyance ou dogme (ni même au stoïcisme auquel on le réfère) ; une éthique selon laquelle tout homme fait ou dit ce pour quoi il a été envoyé dans l’Univers où tout est ordonné (la « Nature universelle »).

Extraits des « Pensées pour moi-même de Marc Aurèle (Livre 3 Pensée 4)

« Il faut s’habituer à ne penser que des choses que telles que si l’on te demandait : que penses-tu maintenant ? tu puisses répondre sur le champ ceci et cela avec franchise. De sorte qu’il sera évident à partir de tes réponses que tout en toi est simple, bienveillant, pensé par un vivant sociable qui ne se soucie pas des plaisirs ni, en un mot, de toutes les images érotiques, ni de la gloire, ni de la calomnie, ni des soupçons, ni de tout ce qui te ferait rougir si tu devais dire que c’est à cela que tu penses ».

(Livre 4 Pensée 9)

« Ne sois pas dégoûté de toi, ne renonce pas, ne t’énerve pas si tu ne fais pas toujours chaque chose à partir des décisions droites. Au contraire, quand tu es par terre, relève-toi, et reviens. Et réjouis-toi si, dans l’ensemble, des actions sont plus dignes de celle d’un homme. Aime ce vers quoi tu retournes et ne reviens pas à la philosophie comme vers une maîtresse d’école mais comme ceux qui souffrent des yeux, demandent une éponge et un oeuf et d’autres un cataplasme ou une compresse. Souviens-toi aussi que la philosophie est celle à vouloir ce que veut ta nature et toi tu voulais autre chose qui n’est pas selon la nature. Ainsi, loin de faire étalage de ton obéissance au logos, tu trouveras en lui le repos. Mais qu’y a t-il de plus séduisant que ces choses ? N’est-ce pas par là que le plaisir nous fait tomber ? Oui, mais regarde si la grandeur d’âme, la liberté, la simplicité, la clémence, la piété ne sont pas plus séduisantes. »

Pour en revenir au début de mon propos, il est important d’être tolérant avec ceux qui se trompent et ne pas mettre dans une case ferme et définitive un discours qui aura déplu ou s’oppose à ses convictions. Mais, en même temps, il est important de bien peser ce que nous allons dire ou écrire. Dans l’exemple des Pensées de Marc Aurèle, le philosophe définit cette droiture, non pas basée sur le spirituel mais orientée vers l’extérieur, la vie sociale, à l’écoute du réel et soucieux de transparence. Un langage de vérité, de sincérité, relié à l’ordre naturel qui transparaît dans le discours. Je ne voudrais pas faire de raccourcis faciles ou anachroniques avec l’Empereur Marc Aurèle et le Président de la République, mais je pense que le second pourrait s’inspirer du premier.

Mais comme on l’a vu, le langage et les discours d’aujourd’hui n’ont plus la portée de ceux des philosophes de l’Antiquité.

(09/04/2019)

Texte inspiré de la très bonne émission de France Culture « Les chemins de la philosophie » d’Adèle Van Reeth (28 mars 2019).

Emission « Les chemins de la philosophie »

A lire le livre de l’invité de l’émission Pierre Vesperini qui a publié « Droiture et Mélancolie » Sur les écrits de Marc Aurèle. Editions Verdier. mars 2016. 192 p.