La possibilité des nuits (suite)

Il y avait des nuits où la constellation était purement artificielle. Au lieu d’étoiles, dans le silence du monde nocturne, l’endroit confiné était bombardé de faisceaux lumineux. Dans les angles morts où les ombres dessinaient des silhouettes féminines, la nuit ouvrait des champs de désirs. Matthias aimait ces nuits en boîtes de nuit où le temps s’arrêtait. Les musiques ajoutaient au rêve les possibilités d’amours.

Les fêtes nocturnes se succédaient. Dans ce jeu organisé, tout était prévisible, rien n’était inconnu et mystérieux. Ce théâtre d’ombres où l’apparence primait faisait planer des mondes et aventures toujours inattendus, avec des possibles mais rien n’arrivait. L’aventure n’était celle que d’une complicité entre amis mais surtout la découverte d’une culture au travers des musiques diffusées au style post punk… Les révélations des groupes tels que U2, Indochine, Joy Division, La Mano Negra, Nuclear Device, New Order, The Cure prenaient plus d’importance que la recherche d’une « touche ».

Au cœur de la nuit, l’alcool, les cigarettes et quelques substances interdites rendaient Matthias et ses amis un peu comme les rois du monde, ce monde caché du soleil où tout avait des couleurs et saveurs différentes. Là était le lieu des « lâchers prises », dans la folie de la musique, de la danse, des rituels de séduction, des éclats de rire, des montées drôlatiques et des descentes flippantes, des entrées et sorties tout aussi peu nettes. Les années 80, une période que Matthias n’était pas prêt d’oublier…

La vie recommencée (suite)

Chapitre 2 : une vie à reconstituer

Il avait peut-être attendu que son divorce soit prononcé pour que Matthias prenne sa décision. Inconsciemment, sans doute, car rien n’était prémédité. Ou bien il était prêt à présent. Dans son corps, dans sa tête, dans tout son être. Pourquoi avait-il tant attendu avant de se décider à vouloir recoller les morceaux ? Parce qu’il en ressentait le besoin seulement maintenant, libéré de toute attache.

Avant que cette séparation officielle n’intervienne, il ne pensait pas replonger dans son passé. C’était peut-être prendre le risque de recommencer une vie sans que la précédente ait été soldée, si par un hasard improbable, les nombreuses pressions que l’entourage pratiquait dans l’ombre depuis la séparation, même si cela s’estompait maintenant, pas assez vite selon Matthias, ne rendaient pas un rabibochage possible. Maintenant qu’une étape de sa vie était achevée, le quinquagénaire devait en rebâtir une autre. Une autre étape, avec cette possibilité d’être le seul capitaine de son navire.

Ce mariage, Matthias ne le reniait pas car, comme l’avait dit le prêtre lors du sacrement, « une nouvelle vie s’ouvre devant vous… ». Il le pensait aussi. Mais pour le jeune marié, ce nouveau départ avait une bien autre signification ; il n’était pas lié à une promesse et un engagement. C’était bien une renaissance. Après des années de brouillard, Matthias voyait enfin le soleil. Julie lui avait lancé une bouée de sauvetage aux couleurs de l’amour, après une profonde dépression dont beaucoup ne pensait pas qu’il en réchappe.

La page tournée, il voulait récupérer ce passé qu’il avait voulu oublier. Pour ne penser qu’à l’avenir, aux projets.

Mais maintenant il voulais SAVOIR et COMPRENDRE.

(21/06/2019)

La possibilité des nuits (suite)

Je me souviens d’une nuit d’été où passaient les étoiles filantes. Sur, une route déserte, dans le haut-var, nous étions quelques amis à revenir à pied d’un bal à quelques kilomètres de là. Le ciel, noir, était très étoilé et aucune pollution lumineuse ne venait gâcher le spectacle.

C’était le moment ou jamais de faire des vœux, puisque les météorites entrant dans l’atmosphère se manifestaient constamment par leur traînées lumineuses et, selon la coutume, c’était l’occasion de penser très fort dans sa tête (sans le révéler à quiconque) ce que l’on désirait le plus au monde, pour soi, pour les autres, pour le Monde. Vu le nombre de possibilités données par la quantité d’étoiles filantes (une toutes les 2, 3 minutes – et souvent plusieurs à la fois), donc autant d’occasions de faire de sa vie un rêve éveillé où tous nos désirs seraient comblés, pouvait-on vraiment cumuler les vœux ?

Je me souviens m’avoir posé cette question un peu idiote, puis d’avoir hiérarchisé mes choix, en finissant en première position par « obtenir le baccalauréat » ! Pas de rêve là-dedans, pas de chose à la hauteur de ce spectacle pourtant grandiose, fantasmagorique, mystérieux… Où l’Homme s’interroge sur sa place sur la terre et dans l’Univers et qui le place dans des questionnements métaphysiques. Y avait-il d’autres vœux qui auraient pu s’avérer plus utiles ? C’est possible…

Dans ce moment, la Nuit donc le spectacle de la Nature apportait des tas de possibilités. Elle nous les apportait sur un grand plateau d’argent. Des possibles bien trop grands pour nous, jeunes adolescents, et finalement trop grands aussi pour tous les hommes, ne sachant que faire avec ce cosmos magnifique et infini que les scientifiques explorent toujours…

(19/06/2019)

La possibilité des nuits (suite)

De ces quelques nuits, j’en avais retenu plus peut-être que les jours. « La nuit, tous les chats sont gris… » disait mon grand-père. Mes jours étaient toujours traversés par des existences partielles, jamais abouties, sujets aux contradictions, revirements constants, aux périodes successives et rapprochées d’euphorie et d’abattement, au doute bien sûr.

Perdu le jour, je retrouvais des chemins connus la nuit. Ceux qui nous donnent à voir, nos propres sentiments et émotions dans une introspection sereine et infinie, les auteurs et les interprètes aussi. Les faiseurs d’Art nous rendent moins seuls et nous sommes avec eux, dans un entre soi gourmand, loin du tumulte aveuglant de la marche du monde en perdition.

Pouvoir mourir en une nuit à défaut de partir, « mourir pour une nuit » comme chante Maxime Le Forestier. « Mourir comme on s’endort, faire la nique à la Mort… ». Puis, « renaître et vivre… » conclue t-il dans cette excellente chanson. Tout ce que la nuit vous apporte nourrit vos propres désirs… « Ecrire, c’est tuer le désir d’écrire » disait Roland Barthes. Et ce désir que l’on tue devient charogne immortelle.

La possibilité des nuits (suite chap. 1)

Les nuits ne sont pas égales. Comme les jours. Comme les moments d’une journée. Comme les années, les décennies, les siècles. Il y a des moments le soir où l’on attend tellement le lendemain qu’on se couche sans broncher, heureux de ce temps passé de la journée ou tellement épuisé qu’on n’attend que de s’allonger au cœur du silence ; où l’on espère tellement du lendemain, de l’importance qu’il revêt que, tel un sportif de haut niveau, l’on repose son corps et son esprit pour qu’au réveil un être neuf se dresse dans la clarté naissante du matin. Là aussi, j’aime me lever dans le silence, captant le moindre bruit. Celui des oiseaux, les premiers à se manifester comme un chant primitif. Tout doit être bruit premier, celui du vent dans les arbres, des gouttes de pluie tapotant sur les fenêtres, de chiens aboyant au loin…

Les nuits ne sont pas les mêmes. On le sait, le sommeil est réparateur ; Morphée vous berce en réclamant de vous les meilleures et moins bonnes choses de votre journée passée et établit un bilan. De rêves ardents aux cauchemars les plus effrayants ou grotesques, il renforce votre puissance d’exister et vous prépare aux jours futurs.

Au contraire des jours, les nuits sont linéaires (même si le sommeil passe par des stades différents) et vous êtes seuls avec vous-même, le silence et le monde. Là, tout est possible. Il n’y a plus de regards que le vôtre sur votre être. Là, du néant peut naître de nouveaux existants qui ne recevront de jugements que celui de votre folie et de votre conscience.

J’aime la nuit, sans être insomniaque, car elle met un peu tout le monde au même niveau. Elle affranchit les différences, repousse les contraintes et accorde des libertés sans limites.

… à suivre…

(8/06/2019)

La vie recommencée

Chapitre 1 : la possibilité des nuits

J’essayais de faire le moins de bruit. Chaque geste était savamment réfléchi et préparé pour créer du silence dans le silence. Je prenais plaisir à cette attitude ou rien n’était brusqué mais tout contrôlé. Tel un chat, ma pesanteur était légère et gracieuse.

Il n’y avait alors pas de différence entre le stade immobile, le mouvement du lever, le dépôt du verre sur la table, puis de nouveau le silence. Dans ce « jeu », je voulais m’extraire de toute vie, m’oublier corps et âme. Me fondre dans l’air et l’espace. Je flottais parmi les molécules et atomes, moi-même en étant constitué.

Aucune raison ne m’obligeait à agir de la sorte, ici, chez moi, où mes bruits n’auraient gêné personne. Il est vrai qu’on était en pleine nuit et que mon voisin du dessus s’était déjà plaint. il est vrai aussi que ce vieil immeuble, mal isolé, faisait traverser d’appartement en appartement toutes sortes de résonances, mal identifiables, à part les bruits de pas du dessus, les portes qui claquent ou les lave-linges en fonctionnement.

… à suivre…

(7/06/2019)