Romancier sous surveillance

C’est donc cela. Je viens de comprendre en profondeur, ce qu’intuitivement je percevais en surface. Les silences gênés, les questions prêchant constamment le faux, des conversations immergées dans un bain d’hypocrisie, conduisant inéluctablement à des clashs.

Puis, le silence, plus d’appels, plus de visites pas plus que d’invitations. Une ambiance mortifère de haines, de rancœurs, de jalousies, contrebalancée par de la médisance méticuleusement entretenue.

Et là, il me semble que je suis complètement dans l’air du temps littéraire, sans me vanter. Pourtant quand j’annonçais vouloir écrire le roman de ma vie, je ne pensais pas à mal. Car, c’est dans cet exercice d’introspection créatrice que je me sens le plus à l’aise, que j’ai du plaisir à écrire. Je ne me vois pas raconter une histoire imaginaire, c’est pas mon truc.

J’imagine que beaucoup de proches (familles et ex amis) ont sonné le tocsin et ont pensé : ça y est, il va tout balancer ! Balancer quoi ? Évidemment, quand on évoque sa vie, l’entourage et notamment sa famille sont amenés à apparaître dans ce roman autobiographique. Et quand cette famille est passablement déjà éparpillée « façon puzzle », avec en sus, des questions d’héritage en jeu (normal !), on comprend que l’on ait peur de s’en prendre pour son grade.

Que Nenni ! Et d’ailleurs, que dévoile le début du « roman digital gratuit et expérimental à épisodes » « La vie recommencée » dont ils ont si peur ?

Pas grand-chose de très croustillant à vrai dire. Je parle surtout de moi et c’est un peu moi qui prend des risques, littérairement parlant. Et quand je parle des proches sous des prénoms d’emprunt, c’est plutôt pour les flatter que pour les accuser ou les renier. Mais de quoi ont-ils peur ? Il n’y a véritablement pas de secrets de famille à ma connaissance, à part cette maladie que j’ai vécue, mais c’est de notoriété publique et je n’en ai pas honte.

L’avantage de ce roman en ligne est qu’au fil de l’écriture, on ait constamment au-dessus de son épaule le lecteur qui vous juge et, quelquefois, vous demande de rectifier, de changer ou d’arrêter immédiatement. Ce n’est pas comme le roman autobiographique de Yann Moix qui sort brutalement et, telle une bombe atomique , explose toute la haine d’un coup, déclenchant une déflagration si importante qu’elle ratatine tous les autres (bons) livres de la rentrée. Moi, au moindre signe, je suis prévenu que ça va pas être possible, pour l’instant en tout cas et j’arrête ou je me radoucie.

En fait, ce n’est pas que je plie, que je m’abaisse, que je me couche. C’est que vraiment, ça n’en vaut pas la peine. Le problème qui se passe, je pense, n’est pas dans la possibilité de dénoncer des choses factuelles (comme les sévices qu’auraient reçus les Moix dans leur enfance) mais d’entretenir cette haine qui ne prend aucunement sa source dans les problèmes de ma vie et de la leur. C’est une manière de détourner les choses. A moins qu’ils aient véritablement des secrets que j’ignore et, dans ce cas, ils ont des choses à cacher…

Alors voilà. J’ai décidé d’arrêter ou de suspendre « La vie recommencée » (de publier sur ce blog en tout cas). Mais je continuerai à écrire et cette partie de moi qui reste attachée à mes racines familiales mais aussi à mes amis proches ou lointains, s’exprimera et se livrera sous d’autres formes. La chance de l’écriture est qu’elle est libre et qu’elle s’invente chaque jour.

(18/9/2019)

Séparation

La porte s’est refermée tout doucement

Sans claquer, sans effarement. Et

Docilement, sans bruit, tu es partie.

Dire :  » Reste là près de moi,

Sèche tes pleurs, ne t’inquiète pas ».

Retenir le plus beau des serments.

Mère aimante, savante et amante,

Femme idéale du temps passant,

Garde en toi le mystère d’antan et présent.

Quand le ciel de ses tourments et l’humanité de ses noirs penchants

Secouent les êtres et les éléments indistinctement

Tu es le refuge des incertains et l’aube du soleil levant.

(16/09/2019)

Se bâtir une philosophie

Depuis la création de ce blog, écrivant des poésies, parlant de création d’écriture, de son origine, citant des auteurs et des philosophes, il me semble qu’une idée se développait, que se bâtissait une philosophie, « ma » philosophie. Je serais bien présomptueux de dire que je suis devenu un philosophe (à ce propos, je vous conseille d’écouter l’émission du vendredi de l’émission les « Chemins de la philosophie » sur France Culture où des philosophes sont invités à parler de leur « métier »). Je suis sans doute devenu d’abord philosophe avant d’être un philosophe, n’ayant aucune légitimité, sans diplôme, pour enseigner par exemple. Bâtir une philosophie, par rapport à soi et au monde, s’est fait dans mon cas en reliant ces écrits avec des expériences intérieures, intimes. Cette construction a permis de (re)donner du sens et une conduite de vie. Sans que cela soit calculé et réfléchi.

Il est des hasards que l’on n’attend plus et qui arrivent, même tard. Je ne voudrais pas m’étendre sur une expérience personnelle qui plus est intime. Mais cela montre à quel point toute recherche de la vérité fait se rencontrer d’un côté un être avec ses affects, sensations, intuitions et, de l’autre, des idées, concepts, des constructions déjà bâties venant du passé qui éclairent et des auteurs reconnus.

On ne peut pas créer soi-même sa ou une philosophie en ne partant de rien. A moins d’y passer sa vie, de la naissance jusqu’à la mort et dire, à la fin, « voilà ce que je crois, regardez mon parcours, mon comportement, j’estime, sans qu’il soit un modèle, qu’il est néanmoins louable ou tout du moins respectable ».

J’ai souvent évoqué le nom de l’essayiste philosophe Roland Barthes dans ce blog et j’avoue que, malgré qu’il soit mort depuis près de 40 ans, ses écrits ont permis de rectifier une trajectoire de vie qui aurait pu s’avérer fatale. Pour tenter de savoir ce qui se joue dans ce qui vous arrive, quand vous n’avez pas les explications, les mots ou éventuellement les conseils de spécialistes, vous devez aller chercher par vous-même et faire un travail d’enquête.

Quand le problème est ressenti au plus profond de votre être, c’est plus facile. Pas besoin de traitement, ni de médecin. Mais des livres, des lectures, des paroles, des pensées construites, intuitives et logiques suscitant l’interrogation, la réflexion. Et des livres de philosophie surtout ! Qui peut mieux que les penseurs donner quelques voies de sortie pour repartir sur une route plus sereine, avec en prime de l’entrain et de l’optimisme !

Depuis ce blog, mes raisonnements, mes échanges avec mon entourage se sont améliorés. Mieux, lors des fins de soirée, lorsqu’on refait le monde entre amis, je peux exposer de la manière dont je réussis à vivre dans ce monde si difficile, en acceptant bien sûr des autres leurs objections et leurs propres visions. C’est bien cela la philosophie… non pas seulement celle apprise au Lycée (désolé pour les Terminales qui font la rentrée des classes demain !), mais celle que vous prenez le temps de construire par vous-même aux travers des lectures et de vos propres expériences.

(1/09/2019)

La vie recommencée (suite)

Chapitre 2 : une vie à reconstituer (suite)

Ce savoir, Matthias s’était lui-même refusé d’y accéder pour oublier le passé gênant, mais tout autour de lui aussi, on avait pris le soin de l’enfouir, de peur de réveiller des démons pas tout à fait éteints.

Il faut dire que cette dépression n’en était pas une. Il s’agissait plutôt d’une maladie. Profonde. Caractérisée par des symptômes graves, faite d’une certaine absence de discernement (pas complète, nous y reviendrons), de bouffées délirantes nécessitant de fait des hospitalisations répétées durant six ans.

Dangereux pour lui-même et pour les autres , il nageait en eaux troubles dans des bas-fonds où le temps s’était arrêté. A cette maladie soi-disant diagnostiquée (Matthias ne savait pas le nom de la maladie dont il souffrait), un traitement lourd avait été administré et cette « mort » était aussi due à ses effets.

Bien sûr, quand il était en rémission, Matthias ne voulait pas revenir sur ce qu’il avait vécu mais, en même temps, il avait la certitude de se rappeler de tout, même les épisodes les plus graves où pourtant il n’était plus lui.

Ses propres souvenirs n’étaient pas les mêmes de son entourage qui avait assisté de près ou de loin à cette plongée vers l’abîme. Coupé du monde, isolé, abandonné à ce triste sort, le jeune homme avait accumulé un handicap pour la suite. Après la crise, l’environnement familial et social demeurait le même. Matthias avait fait du surplace. Son corps était le même, son état général, y compris mental, s’était rétabli. Mais un décalage évident existait. (à suivre…)

(02/08/2019)

La possibilité des nuits (suite)

Il y avait des nuits où la constellation était purement artificielle. Au lieu d’étoiles, dans le silence du monde nocturne, l’endroit confiné était bombardé de faisceaux lumineux. Dans les angles morts où les ombres dessinaient des silhouettes féminines, la nuit ouvrait des champs de désirs. Matthias aimait ces nuits en boîtes de nuit où le temps s’arrêtait. Les musiques ajoutaient au rêve les possibilités d’amours.

Les fêtes nocturnes se succédaient. Dans ce jeu organisé, tout était prévisible, rien n’était inconnu et mystérieux. Ce théâtre d’ombres où l’apparence primait faisait planer des mondes et aventures toujours inattendus, avec des possibles mais rien n’arrivait. L’aventure n’était celle que d’une complicité entre amis mais surtout la découverte d’une culture au travers des musiques diffusées au style post punk… Les révélations des groupes tels que U2, Indochine, Joy Division, La Mano Negra, Nuclear Device, New Order, The Cure prenaient plus d’importance que la recherche d’une « touche ».

Au cœur de la nuit, l’alcool, les cigarettes et quelques substances interdites rendaient Matthias et ses amis un peu comme les rois du monde, ce monde caché du soleil où tout avait des couleurs et saveurs différentes. Là était le lieu des « lâchers prises », dans la folie de la musique, de la danse, des rituels de séduction, des éclats de rire, des montées drôlatiques et des descentes flippantes, des entrées et sorties tout aussi peu nettes. Les années 80, une période que Matthias n’était pas prêt d’oublier…

La vie recommencée (suite)

Chapitre 2 : une vie à reconstituer

Il avait peut-être attendu que son divorce soit prononcé pour que Matthias prenne sa décision. Inconsciemment, sans doute, car rien n’était prémédité. Ou bien il était prêt à présent. Dans son corps, dans sa tête, dans tout son être. Pourquoi avait-il tant attendu avant de se décider à vouloir recoller les morceaux ? Parce qu’il en ressentait le besoin seulement maintenant, libéré de toute attache.

Avant que cette séparation officielle n’intervienne, il ne pensait pas replonger dans son passé. C’était peut-être prendre le risque de recommencer une vie sans que la précédente ait été soldée, si par un hasard improbable, les nombreuses pressions que l’entourage pratiquait dans l’ombre depuis la séparation, même si cela s’estompait maintenant, pas assez vite selon Matthias, ne rendaient pas un rabibochage possible. Maintenant qu’une étape de sa vie était achevée, le quinquagénaire devait en rebâtir une autre. Une autre étape, avec cette possibilité d’être le seul capitaine de son navire.

Ce mariage, Matthias ne le reniait pas car, comme l’avait dit le prêtre lors du sacrement, « une nouvelle vie s’ouvre devant vous… ». Il le pensait aussi. Mais pour le jeune marié, ce nouveau départ avait une bien autre signification ; il n’était pas lié à une promesse et un engagement. C’était bien une renaissance. Après des années de brouillard, Matthias voyait enfin le soleil. Julie lui avait lancé une bouée de sauvetage aux couleurs de l’amour, après une profonde dépression dont beaucoup ne pensait pas qu’il en réchappe.

La page tournée, il voulait récupérer ce passé qu’il avait voulu oublier. Pour ne penser qu’à l’avenir, aux projets.

Mais maintenant il voulais SAVOIR et COMPRENDRE.

(21/06/2019)