Se bâtir une philosophie (chap. 4)

« Le progrès des Sciences et des Arts corrompt les mœurs, parce que les sciences, nées de l’oisiveté, engendrent la richesse et que les arts provoquent le luxe et la fatuité ». C’est ce qu’écrit Bernard Gagnebin dans la préface des « Ecrits politiques » de Jean-Jacques Rousseau, réunis dans la Pleïade, pour résumer la pensée du philosophe du 18ème siècle, auteur du fameux « Contrat social ». Bien avant de théoriser sa vision politique d’une société souveraine (à l’origine des régimes démocratiques), Rousseau participe au concours de l’Académie de Dijon dont le thème est : « Le rétablissement des Arts et des Sciences a t-il contribué à épurer les mœurs ? »

Rousseau est intéressant car il remet l’Homme au cœur de ce qui constitue la société. Dans mon approche philosophique, son idée de retrouver l’Etat de nature et de s’y conférer essentiellement ou d’y trouver les raisons d’espérer me plaît bien et vient à point nommé… Dans cette réflexion de chercher à savoir ce qui lie les individus d’une société ou d’un Etat entre eux et ce qui les empêche de se désunir, le citoyen de Genève revient aux origines.

Ma question était bien de répondre et d’expliquer, en traçant un raisonnement logique, dans quelle mesure, individuellement, l’intuition sur le rôle et/ou l’importance de la « loi naturelle » permet de résister à une vie difficile, moins dure sans doute qu’il y a deux siècles mais « corrompue » également, d’une autre façon et dans un autre contexte. Cette intuition ne vient pas d’elle-même, elle s’est construite dans mon esprit à travers l’écriture, dont la poésie mais aussi un roman autobiographique inachevé, dans une structuration d’exercice réflexif.

Car, l’essence même de notion de nature contient toute la panoplie des sens de l’Homme, donc de ses émotions, dans ce qu’il y a de plus vraie (réelle), sincère, voire éthique (pour Rousseau sans aucun doute). Quand je conclue dans le chapitre 3 que le dérèglement n’est pas seulement climatique mais est aussi lié aux Hommes, plutôt à leurs raisons, ça ne date donc pas d’hier ! Rousseau et avec lui, Hobbes, Locke, Montesquieu et d’autres, beaucoup de philosophes de l’époque réhabilitent l’Homme « sauvage », vivant dans un environnement naturel en bonne harmonie.

Certains, à la lumière de ce qu’ils voient à l’époque, considèrent que l’Homme a rétrogradé depuis l’époque Antique, référence par excellence. Et visent « la cupidité de l’Homme, son ambition dévorante, son appétit de domination, sa passion pour l’argent. » (Bernard Gagnebin, « Introductions ». « Ecrits politiques ». Jean-Jacques Rousseau. Collection La Pleïade. Editions Gallimard. 1964.). Pour Rousseau, et avant Proudhon, dès que l’homme a voulu s’arroger le droit de posséder, cet instinct de propriété a créé inévitablement le désordre… (« Le premier qui ayant clos un terrain s’avisa de dire Ceci est à moi et trouva des gens assez simples pour le croire , fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne ». JJ. Rousseau, cité dans « Introductions aux Ecrits politiques »).

Si certains pensent l’homme mauvais (Hobbes, auteur de la célèbre citation L’Homme est un loup pour l’Homme) en tant qu’individu, le citoyen genevois estime que c’est la société dans son ensemble et son organisation – politique – qui ont favorisé les conditions de la disparition de la vertu et la prééminence de la corruption.

Rousseau, dans un de ses premiers « Ecrits politiques » jette un pavé dans la mare ou fait un sacré « buzz » ! A l’époque des Lumières, faites de certitudes cartésiennes basées sur la raison et le progrès scientifique et technique, et alors que la révolution industrielle est en marche, certains nous disent, « Attendez ! Revenez en arrière, nous avons fait fausse route !! »

Aujourd’hui, nous voyons que les idées du philosophe n’ont pas vraiment abouties positivement. Pourtant, beaucoup de partis, de gouvernements, de chefs d’Etat s’en sont inspirés (je pense à Fidel Castro, mais je pourrais en citer d’autres, moins extrêmes). Mais, on est très loin de retrouver les valeurs humaines premières mises au service de l’intérêt général dans ce projet de Contrat social où les citoyens décidant et s’accordant sur un pacte équitable du « vivre ensemble » s’épanouissent dans une société heureuse.

Je pourrais continuer indéfiniment à parler d’auteurs, de grands philosophes et d’y trouver des solutions à mes propres questionnements ou à ceux du monde. En philosophie, quand on commence à tirer un fil, d’autres le rejoignent, ils s’entremêlent et ouvrent toujours d’autres directions, perspectives, concepts… cette pensée est infinie. C’est une sorte de grosse pelote de laine à disposition… Heureux celui qui peut, les longues soirées de lecture et de réflexion, se confectionner un pull bien chaud pour l’hiver… (à suivre)

(21/11/2019)

Se bâtir une philosophie (chap. 3)

Ce qui nous fait résister à une vie difficile à vivre, c’est (pour ma part), la certitude qu’il est possible de raisonner dans le rapport que les êtres humains ont ou sont avec le monde. Monde ou plutôt nature dans ce qui regroupe l’air, les végétaux, les animaux, la terre, les mers et océans, le vent, le soleil, les astres, etc… Tous les éléments naturels existants et connus qui n’ont pas la capacité du langage, d’une conscience, n’étant pas pourvus d’un esprit de raison.

Ainsi, si dans nos conduites de vie, il nous apparaît que les actions pourraient être condamnables et condamnées, nous devrions nous en référer essentiellement à la Nature. Moi-même, initialement être « naturel », le seul jugement valable concernant ces actions ne peut être que celui que la Nature me renvoie.

Pourtant, dans nos sociétés actuelles, l’on ne peut se positionner qu’à l’échelle des communautés humaines, porteuses de lois, de références religieuses, dogmatiques ou idéologiques. On nous a appris dès l’enfance ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est bon pour nous et ce qui est mauvais. Et, au-delà des lois et règles en vigueur, respectées ou non, il y a les idées de chacun sur le bien et le mal. Les jugements « libres » qui, selon les caractères, émotions, sentiments, opinions, parti pris, varient sous une forme particulière et individuelle ou de façon collective et sont consentis dans toute société libre et démocratique.

Or, ces idées et jugements ne se basent rarement sur un « ordre naturel », à part peut-être dans des sociétés qui se sont développées en contact et à l’unisson de la nature à l’instar des peuples primitifs. Pendant des siècles, voire des millénaires, l’Homme s’est éloigné de cet état de nature, en développant des cultures à travers les techniques, les sciences, les Arts (de la guerre le plus souvent)…

Non seulement en voulant la comprendre (la nature) et l’expliquer mais aussi et surtout en voulant la dominer, allant jusqu’à massacrer ses semblables afin de conquérir de nouveaux territoires, y puiser des ressources et y installer sa main mise et développer une expansion économique et politique.

Il se trouve , en tout cas, JE trouve que nous sommes arrivés à un point ultime, voire de non-retour. Bien sûr, on peut évoquer le dérèglement climatique, le réchauffement de la planète, le pillage et l’épuisement des ressources, le fossé grandissant entre des puissants exploiteurs et des peuples perdus sans plus aucune identité. Les dégâts sont immenses et certains parlent même d’une « fin du monde » imminente.

Mais, il n’y a pas que la Nature qui est touchée. Il y a un certain dérèglement dans les esprits et les raisonnements. (à suivre…)

(13/11/2019)

Amie Amour

Il faut que je me souvienne
Quand je t’ai serrée dans mes bras
Tu pleurais et je t’ai consolée

J’avais disparu et t’avais oublié
Le temps d’une après-midi
Pour toi une éternité

Les yeux rougis de colère et de tristesse
Tu ne cherchais pas à savoir où j’étais
Simplement ton cœur souffrait

Enlacés, tes larmes chaudes
Coulaient dans le cou
Ton amour débordait d’un coup

Puis, les gestes et les mots sont venus
T’étreindre et sentir le puissant Amour
Me donner la force de ne pas sombrer moi aussi

Comme un père avec son enfant
Savoir être celui qui est présent
Quoiqu’il arrive dans ce moment

Mais, plus encore, devenir l’aimant
Transformer l’amourette vers le sentiment
Donner un signe puissant se révélant

Jamais je n’oublierai cet instant
Quand la sincérité des sentiments
Surgit magiquement.

(8/11/2019)

Se bâtir une philosophie (chap. 2)

Créer les conditions d’une vie confiante voire heureuse, pour soi (donc un peu aussi pour les autres) grâce à la philosophie est relativement banal. Créer une philosophie comme on crée un mode d’emploi que chacun s’applique à soi-même est plus ardu.

Et mieux, survivre à son concept et rejoindre le Panthéon des grands philosophes de Platon à Derrida dépasse votre « simple » personne et vous rapproche de l’universel et du genre humain.

Dans cette recherche plutôt récente de la confrontation d’une expérience personnelle et de textes et concepts philosophiques, une ou plusieurs idées ont néanmoins émergées. Ces idées sont venues pour ma part d’une nécessité, de celle dont parle Gilles Deleuze lors de ses cours donnés à Paris 8 sur la peinture. Ce besoin naît d’une « catastrophe » , celle représentée dans des tableaux d’avalanches, de tempêtes.

Mon désir soudain d’écrire, de faire des poésies notamment, vient d’une catastrophe. Catastrophe vécue et contenue dans l’acte créatif. Tout se désagrège, éclate et se dissout dans l’écriture.

Mais pourquoi je soigne mes maux qui sont chaos et catastrophe à tout point de vue ? Sans doute parce que je m’en libère. Je dépose à côté de moi les débris. Et imagine un après.

Parler d’optimisme et d’entrain en effet, cela est maintenant possible.

(16/10/2019)

Médiacratie

L’esprit transpercé de part en part

De bruits et de discours contradictoires

S’énerve des mots de trop ou mal choisis

S’entrechoquant dans un brouhaha permanent

Idées, mots, messages, sons et couleurs

Réduits à de pauvres signes sans saveur

Nous nous y accrochons pourtant sans raison

Jusqu’à la saturation puis la démission

Avant que nos cerveaux deviennent bouillie

Arrêtons le massacre de ces manières malapprises

Égarées sur l’autel des prières intempestives

Brouillées car amplifiées par la Médiacratie

(8/10/2019)

Séduction

Ne te découvre pas si vite

Prends le temps d’ajuster ton moi

Dans tes gestes, ton âme et ta voix

Laisse le silence révéler l’indicible

Choisis tes mots les plus beaux

Tu sais qu’ils feront mouche

Regarde l’autre en bienveillant

Donne ce que tu es au plus profond

La suite, personne ne la connaît

Hasard ou destin , c’est une histoire

Peut-être sans lendemain. Mais

Tu trouveras de quoi rêver.

Ce n’est pas une histoire d’amour

Peut-être le début d’une idylle

Séduction irréelle mais sensuelle

L’essentiel n’est pas d’aimer mais de se rapprocher.

(21/09/2019)

Séparation

La porte s’est refermée tout doucement

Sans claquer, sans effarement. Et

Docilement, sans bruit, tu es partie.

Dire :  » Reste là près de moi,

Sèche tes pleurs, ne t’inquiète pas ».

Retenir le plus beau des serments.

Mère aimante, savante et amante,

Femme idéale du temps passant,

Garde en toi le mystère d’antan et présent.

Quand le ciel de ses tourments et l’humanité de ses noirs penchants

Secouent les êtres et les éléments indistinctement

Tu es le refuge des incertains et l’aube du soleil levant.

(16/09/2019)